C’est une première -petite- victoire pour l’ancien conseiller politique de Yasser Arafat. La Commission départementale d’expulsion (Comex) des Hauts-de-Seine a rendu, ce jeudi après-midi, un avis défavorable au projet d’expulsion de Ramy Shaath, ancien prisonnier politique en Égypte de 2019 à 2022. Un avis qui reste toutefois non contraignant pour la préfecture, qui doit désormais se prononcer sur son sort.
L’activiste palestinien avait été détenu près de 900 jours, de 2019 à 2022, par l’Égypte, qui lui reprochait des « troubles contre l’État ». Il avait finalement été libéré en 2022, notamment après qu’Emmanuel Macron a plaidé son cas auprès des autorités égyptiennes.
Depuis sa libération des geôles égyptiennes, le militant de 55 ans -dont le père, Nabil Shaath, a été négociateur en chef des accords d’Oslo de 1993 et premier ministre de l’Autorité palestinienne- réside à Nanterre avec sa femme, Céline Lebrun-Shaath, et leur petite fille.
Mais Ramy Shaath fait désormais l’objet d’une procédure d’expulsion engagée fin avril par la préfecture des Hauts-de-Seine, qui lui reproche ses prises de position radicales sur la guerre à Gaza et estime qu’il constitue « une menace grave pour l’ordre public ».
Dans une note rédigée par les services de renseignement, sur laquelle s’appuie la préfecture, Ramy Shaath aurait tenu des « propos polémiques contestant l’existence même de l’État d’Israël », des « discours au ton martial », ainsi qu’« une hostilité à tout cessez-le-feu ». Les autorités lui reprochent également ses liens avec Salah Hamouri, que l’État israélien accuse d’avoir projeté de tuer le rabbin Ovadia Yosef.
Lors de cette audience d’une heure, la représentante de la préfecture a reproché à Ramy Shaath ses liens avec plusieurs collectifs et associations militant pour les droits des Palestiniens en France, dont Urgence Palestine, qu’il a cofondé. Plusieurs propos tenus lors de manifestations publiques lui ont également été reprochés.

L’une de ses avocates, Me Damia Taharraoui, a dénoncé « une sanction de la liberté d’expression » motivée par « ses opinions politiques », avant d’ajouter que « la vérité, c’est que Ramy Shaath n’a jamais lancé aucun appel à tuer qui que ce soit. Dans ce dossier, la préfecture tente simplement de construire un personnage imaginaire dangereux ».
Si son expulsion devait intervenir, reste à savoir où et comment. Lors de sa libération de prison en 2022, Ramy Shaath avait renoncé à sa nationalité égyptienne, à la demande de l’Égypte. Il semble également difficile d’expulser le militant vers Gaza, un territoire en guerre et soumis à un intense blocus israélien.
Un peu plus tôt dans la journée, un rassemblement de soutien à Ramy Shaath était organisé par la ville de Nanterre sur la place Nelson Mandela, face à la préfecture des Hauts-de-Seine et au tribunal.
« C’est un moment important et grave », a déclaré Raphaël Adam, maire de Nanterre (Divers gauche), dénonçant une « mesure autoritaire » visant un « militant des droits humains », fait citoyen d’honneur de sa ville. « Un militant des droits humains ne peut être expulsé pour ses opinions », a ajouté l’élu, appelant Emmanuel Macron et le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau à intervenir.
Le militant égypto-palestinien a pu compter sur le soutien de nombreux défenseurs de la cause palestinienne comme le militant trotskiste et syndicaliste Anasse Kazib, mais aussi du député LFI Thomas Portes. Pour l’Insoumis, Ramy Shaath est visé pour son opposition « au génocide à Gaza » et pour « parler du droit international et de la paix ».
« Les autorités françaises m’accusent de porter profondément en moi une haine viscérale de l’État d’Israël », a déclaré Ramy Shaath, keffieh autour du cou, préférant évoquer « un amour infini pour la Palestine et son peuple ».
À la sortie de l’audience, Ramy Shaath s’est dit « heureux » de la décision de la commission départementale d’expulsion des Hauts-de-Seine. Son épouse, Céline Lebrun-Shaath, s’est pour sa part dite « soulagée ».




