Vers une “Ville du Grand Paris” intégrant la petite couronne et le quartier d’affaires de La Défense ?

Une note portée par le haut-commissaire au Plan Clément Beaune esquisse une profonde réorganisation institutionnelle de la capitale et de sa petite couronne, autour d’une « Ville du Grand Paris ».

Vers une ville de Paris géante ? Fusionner la capitale et sa petite couronne en une collectivité unique de près de sept millions d’habitants, supprimer plusieurs échelons administratifs et redécouper le territoire en une quarantaine de « districts » : tel est le scénario présenté dans une note portée par le haut-commissaire au Plan, Clément Beaune, qui relance la question de la gouvernance du Grand Paris, révèle Le Parisien.

Intitulé « Du périph’ à la métropole, construire la Ville du Grand Paris », cet ambitieux projet envisage une vaste refonte de l’organisation institutionnelle francilienne. Il s’inscrit dans un calendrier politique jugé favorable, entre les élections municipales de 2026 et l’élection présidentielle de 2027, selon Le Parisien.

Pour Clément Beaune, la Métropole du Grand Paris, créée il y a dix ans, n’aurait pas permis de simplifier efficacement l’action publique ni de réduire les inégalités territoriales. Un rapport de la Cour des comptes publié en 2023 est également cité pour souligner des dysfonctionnements structurels et un empilement d’échelons administratifs jugé peu lisible. Aujourd’hui, la gouvernance locale repose sur une organisation complexe mêlant communes, arrondissements parisiens, établissements publics territoriaux, départements et région, soit jusqu’à six niveaux de décision.

Le projet défendu par Clément Beaune propose de remplacer ce « millefeuille » par une organisation simplifiée à trois étages : la région Île-de-France, une nouvelle entité baptisée « Ville du Grand Paris » et une quarantaine de subdivisions locales appelées « districts ».

Ces districts regrouperaient des communes de la petite couronne et des arrondissements parisiens afin de former des ensembles d’environ 170 000 habitants. Plusieurs exemples sont évoqués, comme un district « Grands Boulevards » ou encore « Quatre-Chemins », réunissant certaines communes de Seine-Saint-Denis. Courbevoie, Puteaux et Neuilly-sur-Seine disparaîtraient ainsi au profit d’un district baptisé « La Défense ».

Chaque district disposerait d’un maire, tandis qu’un maire du Grand Paris serait élu à l’échelle de la nouvelle collectivité. Le projet évoque un scrutin de type « Paris-Lyon-Marseille » avec un double vote simultané.

Les compétences seraient également redistribuées : les districts géreraient les services de proximité (écoles, propreté, état civil, espaces verts ou encore police municipale), tandis que la Ville du Grand Paris reprendrait les compétences aujourd’hui éclatées entre départements et métropole, notamment en matière sociale, d’urbanisme, d’eau ou de gestion des déchets, toujours d’après Le Parisien.

Une autre option, jugée plus modérée, consisterait à fusionner uniquement Paris et les communes limitrophes, soit environ 3,5 millions d’habitants, selon Le Parisien. Les autres communes de la petite couronne seraient alors rattachées aux départements de la grande couronne.

L’objectif affiché est de rapprocher Paris des standards des grandes capitales européennes. Aujourd’hui limitée à 105 kilomètres carrés et à environ 2,1 millions d’habitants, la capitale française apparaît nettement plus petite que Londres ou Berlin en superficie comme en population.

Avec le projet de Ville du Grand Paris, la capitale deviendrait une entité élargie de près de sept millions d’habitants et verrait sa superficie fortement augmenter.

Le haut-commissaire au Plan insiste toutefois sur le caractère exploratoire du projet, qui vise avant tout à « ouvrir un débat », selon Le Parisien. Aucune échéance de mise en œuvre n’est avancée à ce stade. Dans un entretien accordé au quotidien, Clément Beaune estime que « c’est le bon moment pour ouvrir un débat », juste après les élections municipales et à deux ans des élections départementales et régionales, avec entre-temps l’élection présidentielle.

Quant au coût d’une telle réforme, Clément Beaune reconnaît qu’il n’a pas été chiffré. « Il y a des coûts à court terme et des gains à moyen terme, mais oui, cela permettrait de faire des économies, notamment administratives, et même sur certains grands équipements », explique le haut-commissaire au Plan.

Ce projet de big bang territorial fait déjà réagir de nombreux élus locaux de tous bords. Dans les colonnes du Parisien, Georges Siffredi, président des Hauts-de-Seine et de Paris La Défense, dénonce « un grand mépris pour les élus locaux et les habitants » ainsi qu’une solution « d’énarque ». Fatah Aggoune (DVG), maire de Gentilly et président de l’Association des maires du Val-de-Marne, estime pour sa part que ce projet « éloigne les habitants des prises de décision ». Emmanuel Grégoire, maire socialiste de Paris, semble en revanche intéressé par l’idée, évoquant auprès du quotidien « des réflexions intéressantes ».

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