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mardi 2 mars 2021

Il y a vingt ans La Défense perdait son Dôme Imax et son Musée de l’Automobile

Ouvert en 1992, le Dôme Imax et le Musée de l’Automobile avaient fermé, huit ans à peine plus tard, le 24 décembre 2000.

A son ouverture elle était la plus grande salle Imax au monde. Si la grande boule trône toujours aux côtés de la Grande Arche elle n’est plus désormais qu’une salle de cinéma classique. A la fin des années 80, Christian Pellerin règne en maitre dans le quartier d’affaires. Lui et son promoteur, la Sari-Seeri est depuis une bonne dizaine d’années à l’origine de la majorité des constructions. Malgré l’ouverture en mars 1981 de l’immense centre commercial des Quatre Temps (aujourd’hui Westfield Les 4 Temps) et la présence du Cnit, La Défense reste majoritairement un quartier d’affaires composé d’une dizaine de tours de bureaux auxquelles s’ajoutent 20 000 logements.

Le projet du Dôme Imax au début des années 90 – DR

Pour rendre La Défense plus vivante et qu’elle devienne une destination de loisirs, le promoteur va alors avoir l’idée d’ouvrir une grande salle de cinéma au format Imax, très en vogue à cette époque dont la technique a été développée par la société canadienne Imax Systems Corporation. Le conseil départemental des Hauts-de-Seine, présidé par Charles Pasqua se joint au projet. Pas pour le cinéma mais pour créer un grand musée qui rendra hommage à l’automobile. Les Hauts-de-Seine ont en effet été le berceau de l’automobile française où de multiples constructeurs s’y sont établis comme Renault à Boulogne-Billancourt, Peugeot à La Garenne-Colombes, Citroën à Asnières-sur-Seine mais aussi De Dion-Bouton à Puteaux.

Le complexe de la Colline de La Défense – Archives Départementales des Hauts-de-seine

L’idée prend forme et nait le projet de la « Colline de La Défense ». L’investissement représente un coût d’environ 15 millions d’euros, le département s’engage lui à investir 7,6 millions d’euros. Niché sur le centre commercial des Quatre Temps, par-dessus l’hypermarché Auchan, le projet ambitieux confié à l’agence d’architectes de Philippe Chaix et Jean-Paul Morel prévoit un bâtiment de près de 17 000 mètres carrés. Il y abritera une grande salle hémisphérique de verre et d’acier d’environ 40 mètres de diamètre, 6 000 mètres carrés consacrés au musée de l’Automobile mais aussi un espace « Marques » où les grands constructeurs dévoileront leurs nouveaux modèles de véhicules, le tout accompagné d’espaces événementiels et de restaurants. La construction est rapide. En à peine un an le bâtiment est édifié sur la galerie marchande des Quatre Temps. L’entrée de l’espace qui est doté de grands panneaux vitrés offrant un aspect résolument moderne se fait par la place des Degrés. Le Dôme composé de pièces de verre courbes et lisses prend vie dès le crépuscule. La nuit la sphère est illuminée par 164 points dont l’intensité varie en fonction de l’état du trafic sur le périphérique parisien.

Le complexe du Dôme Imax au début des années 90 – Éditions Lyna

L’ouverture des Collines de La Défense se fait par étape. C’est le Dôme Imax qui ouvre en premier, le 14 juillet 1992 sept ans après l’inauguration de la Géode à la Cité de la Science à Paris. Face à un vaste écran hémisphérique de 1 144 mètres carrés prennent place 467 sièges inclinés à 35 degrés. Contrairement à une salle de cinéma classique celle du Dôme Imax est équipée d’un projecteur Omnimax utilisant des pellicules d’un format dix fois supérieur à des films classiques de 35 millimètres. La régie est installée sous une partie de la salle et son projecteur qui pèse près de deux tonnes est hissé à chacune des séances par un système de rail à environ neuf mètres pour arriver à hauteur des sièges. A cela s’ajoute un son de 15 000 watts. Durant presque huit ans l’Imax proposera à ses spectateurs une programmation riche tournée autour de la faune, la flore et le monde aquatique mais aussi l’espace et la musique avec un concert des Rolling Stones. Les mercredis après-midi le Dôme propose aux enfants une séance exceptionnelle avec deux films, un dessin animé et un film Omnimax, une loterie et une offre de pop-corn.

Le Musée de l’Automobile accueille ses premiers visiteurs le 25 octobre de cette même année. Sur 6 000 mètres carrés ce sont 110 modèles de véhicules anciens, souvent rares qui  sont dévoilés à travers six périodes : « Les Inventeurs » de la préhistoire jusqu’à 1890 avec notamment le Coupé Binder Hippomobile ; « Les constructeurs pionniers » entre 1891 et 1905 avec entre autres le Tricycle Léon Bollée ; « Les vétérans » couvrant la période de 1906 à 1918 où la Ford T est présentée ; « Les vintages » de 1919 à 1930 avec la Delahaye 135 ; « Les post-vintages » entre 1931 et 1945 avec la Rolls-Royce Phantome III et enfin « Les modernes » entre 1946 et 1972 qui expose par exemple la Ferrari Dino 156. Certains véhicules à l’image des camionnettes Sigma et de la Renault 8 cylindres sont à découvrir dans un décor soigné représentant un garage et un restaurant du milieu du siècle imaginés par Michel Rose. Une cinquantaine de vitrines thématiques s’y ajoutent permettant de suivre le développement de l’automobile dans son contexte historique et socio-culturel. Quelques événements forts de cette histoire sont illustrés par des scènes animées par des automates et holoramas.

Dans la foulée c’est l’espace Marques qui est lancé. Sur 2 000 mètres carrés plusieurs marques dévoilent leurs véhicules. On y retrouve entre autres Opel, Seat, Lexus ou Volkswagen. Mais l’absence de Renault, Peugeot et Citroën, les trois grands français va entrainer rapidement la fermeture du lieu. Une disparition prématurée également entrainée en raison de l’impossibilité pour les visiteurs qui ont contemplé les nombreuses voitures dans cette sorte de grande foire automobile de les acquérir sur place.

L’espace Marques le 30 octobre 1992 -Georgeon/Rossi/Gamma-Rapho via Getty Images

Voyant bien que le musée de l’automobile ne fonctionnait pas vraiment, Fréderic Nancel, l’un des responsable du site dit avoir imaginé des « projets fous » pour réorienter toujours dans les loisirs l’espace Marques avec un lieu de jeu ouvert aux nouvelles technologies avec des jeux vidéo. Mais rien ne voit le jour. Pour pallier la disparition de l’espace Marques, la surface délaissée est finalement affectée à l’événementiel qui est porté à 4 500 mètres carrés. A travers plusieurs espaces modulables allant de 350 mètres carrés à 2 000 mètres carrés, les entreprises peuvent y organiser conférences, séminaires, présentations et autres animations. Plusieurs sociétés sont convaincues par l’espace dont Agfa, Essilor ou le Crédit Agricole.

Charles Pasqua à bord d’un véhicule le 25 novembre 1992 – Archives Départementales des Hauts-de-Seine / Didier Raux

En 1995 la Sari-Seeri est intégrée à la Compagnie Générale des Eaux ce qui va entrainer un remaniement de la direction de l’espace de la Colline de La Défense. La direction composée d’Olivier Marec, Yves Desgrées du Lou, est changée et c’est Frédéric Nancel qui est nommé directeur des lieux. En 1998 la Compagnie Générale des Eaux devient Vivendi. L’année suivante Unibail qui avait acquis le centre commercial des 4 Temps en 1992 met la main sur les actifs immobiliers de Vivendi, comprenant le Musée de l’Automobile et son Dôme Imax.

« Ce que je retiens c’est l’émotion des enfants et des parents devant des films comme Fantasia ou l’Everest »

Le Dôme Imax a aussi vécu des moments insolites. « Le Dôme Imax a aussi vécu des moments insolites. « Je me rappellerai toujours quand une hôtesse d’accueil m’a appelé pour me dire qu’une spectatrice enceinte de 8,5 mois et était venue avec sa petite fille pour assister à un film sur l’espace. Elle était venue avec un certificat de son médecin car elle voulait faire plaisir à sa petite fille avant son accouchement. Dix minutes après la séance et le décollage de la navette Columbia elle a perdu les eaux et a accouché dans la salle d’un petit garçon », raconte  Frédéric Nancel.

Une plaquette de présentation des espaces événementiels de la Colline de La Défense – DR

« Ce que je retiens c’est l’émotion des enfants et des parents devant des films comme Fantasia ou l’Everest par exemple. Ce sont des sujets tellement forts qui sont magnifiés avec un son et une image haute définition. On a fait des choses exceptionnelles comme l’avant-première des Mystère de l’Égypte avec Omar Sharif. Avec Fantasia 2000 on avait eu la chance d’avoir Roy Edward Disney pour l’avant-première », se rappelle plein d’émotion Fréderic Nancel. Plein de souvenirs lui reviennent aussi : « Pour mes deux enfants, le Dôme Imax c’était la ‘Boule à papa’ ».

Le site internet de la Colline de La Défense le 28 novembre 1999 – DR

Si la Sari-Seeri et le département des Hauts-de-Seine croyaient au potentiel de la Colline de La Défense, Unibail non… La foncière qui prépare une vaste restructuration du centre commercial et son extension a d’autres projets pour l’immense espace. UGC lorgne sur l’espace pour transférer son cinéma de neuf salles situées à l’autre bout du mall. A cette période la chaine de cinéma développe en effet son concept de multiplexe UGC Ciné Cité. L’endroit est donc idéal pour UGC qui ambitionne d’y installer seize salles.

L’ancien cinéma UGC des 4 Temps – Defense-92.fr

La faible fréquentation du Musée de l’Automobile et même si le Dôme Imax attire entre 300 et 350 000 visiteurs par an, l’avenir incertain du système des films sous ce format vont donc entrainer la fermeture définitive de la Colline de La Défense. Le musée de l’automobile est fermé discrètement durant l’été 2000. Quelques mois plus tard, c’est à la veille de Noël, le 24 décembre que le Dôme Imax projette sa dernière séance. C’en est donc fini pour cet espace qui voulait sous un même toit mettre à l’honneur le cinéma spectaculaire, l’événementiel et l’automobile. Au lancement, l’équipe des Collines est composée d’une bonne quarantaine de salariés, puis après la période de reprise en main de la Générale des Eaux, le personnel est réduit de moitié au moment de sa fermeture. « Nous avons pris soin que la majorité du personnel parte dans de bonnes conditions et soit recasé », explique Fréderic Nancel.

Le centre commercial des 4 Temps avant sa rénovation – Defense-92.fr

Un restaurant d’un peu moins de 400 mètres carrés directement accessible par la place des Degrés reste ouvert. Depuis son ouverture jusqu’à aujourd’hui il changera d’enseigne à plusieurs reprises. A son ouverture il s’appela « La Limousine », en référence au musée, puis il deviendra « Le petit Dôme », « Le Petit Bofinger » et enfin « Vapiano ». Le coffee shop au bar du Dôme et la cafétéria self-service « Le Spider » aménagé sur le thème de la « Belle américaine des années 50 » vont, eux, fermer.

Le restaurant « La Limousine » – DR

« La rentabilité était équilibrée avec les entrées de l’Imax. Ce qui était compliqué c’était le Musée de l’Automobile qui ne recevait pas son public, estime Fréderic Nancel. Mais pour l’ancien maitre des lieux une autre raison a entrainé la fin de la Colline. Si on avait eu l’entrée directe de la Coline depuis les Quatre temps et les parkings, je suis persuadé que l’on n’aurait jamais fermé. Le musée de l’automobile était quand même novateur ».

Une grande partie des véhicules retourneront chez les différents collectionneurs qui les avaient prêtés, les autres seront vendus par le département – Archives Départementales des Hauts-de-Seine / Didier Raux

Après fermeture, les 110 véhicules doivent quitter les lieux. Une grande partie retourneront chez les différents collectionneurs qui les avaient prêtés. Mais vingt-huit véhicules restent sur les bras du département des Hauts-de-Seine qui les confie pour 100 000 euros par an à un garagiste spécialisé. Nicolas Sarkozy, alors président du département décide de faire des économies et de s’en débarrasser. Une vente aux enchères est ainsi organisée le 7 novembre 2004, marquant définitivement la fin de l’histoire de ce qui restait de cet ancien musée.

Il faudra ensuite attendre six ans après la fermeture de la Colline de La Défense pour que le lieu reprenne vie, avec l’ouverture le 27 avril 2006 de l’UGC Ciné Cité. Si les quelques 13 000 mètres carrés sont transformés en seize salles de cinéma pour une vingtaine de millions d’euros, le dôme est lui conservé mais perd son écran hémisphérique et projecteur Omnimax. La salle passe de 467 sièges à 384, et l’écran devient lui classique tout en conservant une vaste taille de 135 mètres carrés, dix fois plus petit qu’avant tout de même.

La salle 16 de l’UGC du Westfield Les 4 Temps – Defense-92.fr

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