Nouveau revers, et pas des moindres, pour le promoteur Hermitage. Alors qu’Emin Iskenderov, qui porte depuis 2009 -et même un peu plus- son méga-projet de deux tours jumelles, a pu se féliciter d’avoir repris le contrôle de quelques lots saisis dans les Damiers, il vient de subir un échec judiciaire. L’homme d’affaires contestait devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise la caducité de ses très nombreux permis de démolir et de construire destinés à ériger son projet pharaonique.
Dans une décision rendue le 11 février 2026, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de la société SNC Les Locataires, structure du promoteur Hermitage, qui contestait l’expiration de ses autorisations d’urbanisme. Les juges ont ainsi confirmé l’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 8 juillet 2024 constatant l’expiration des permis de construire délivrés en 2012 pour l’édification des deux gratte-ciels prévus en bord de Seine, à La Défense.
Le promoteur soutenait notamment que la procédure ayant conduit au constat de caducité était irrégulière. Le tribunal a toutefois estimé que le principe du contradictoire avait été respecté, le préfet ayant informé le promoteur en amont et lui ayant laissé plusieurs délais pour présenter ses observations.
Sur le fond, la juridiction administrative a retenu l’absence de commencement effectif des travaux dans les délais légaux. Le promoteur invoquait un « fait de l’administration », accusant l’établissement public Paris La Défense (PLD) d’avoir empêché le lancement du chantier, notamment en refusant certaines cessions foncières. Les juges ont considéré que ces éléments ne constituaient pas un obstacle suffisant au démarrage des travaux.
Les opérations de curage, de désamiantage et de déconstruction partielle réalisées entre 2022 et 2024 ont également été jugées insuffisantes pour interrompre le délai de validité des permis, au regard de l’ampleur du projet autorisé.
Une décision que va contester le promoteur Hermitage. « Bien sûr, nous interjetons appel. Nous estimons que le tribunal de Cergy n’a pas tenu compte de plusieurs décisions du Conseil d’État constituant une jurisprudence, dont il ressort que les permis sont valables », nous indique Emin Iskenderov, qui dit avoir « une totale confiance dans la justice française » et « espérer que la cour administrative d’appel de Versailles examinera cette jurisprudence avec plus d’attention ».
Le promoteur indique par ailleurs réclamer 1,3 milliard d’euros à RATP Habitat, propriétaire d’une grande partie de l’ensemble immobilier des Damiers (Infra, Anjou et Bretagne), promis à la démolition pour laisser place aux tours jumelles. Selon Hermitage, 35 millions d’euros auraient déjà été versés sur les 50 millions prévus dans le cadre de l’acquisition des quelque 250 logements concernés. Depuis, l’entreprise publique de transport aurait rompu l’accord avec le promoteur avant l’achèvement de la cession. Contactée, la RATP n’a pas souhaité commenter.
Une coquette somme également demandée à l’aménageur Paris La Défense en cas d’absence de reprise des discussions sur la cession des droits à construire. Se refusant à commenter cette affaire, l’établissement public révélera dans une quinzaine de jours, en marge du MIPIM -le salon international des professionnels de l’immobilier qui se tiendra du 9 au 13 mars à Cannes- le groupement retenu pour mener les esquisses de « Rive-Défense », chargé d’imaginer l’avenir du site.
Dix-sept ans après sa présentation en grande pompe, Hermitage assure pourtant maintenir « sa ferme intention » de réaliser son projet titanesque, dans « un cadre juridiquement sécurisé » et « dans un esprit de dialogue avec les parties prenantes ».
Porté depuis 2009 par l’homme d’affaires russe Emin Iskenderov, le projet Hermitage Plaza prévoit la construction de deux tours d’environ 320 mètres et de bâtiments annexes comprenant logements, bureaux, hôtel de luxe et centre commercial, pour un investissement estimé à trois milliards d’euros.




