À quelques jours du premier tour des élections municipales, la campagne se tend fortement à Courbevoie. La candidate d’opposition Aurélie Taquillain (sans étiquette) a déposé dimanche 8 mars une plainte pour « détournement de suffrage » et « abus de faiblesse », après le témoignage d’une résidente affirmant avoir été contrainte de signer une procuration en faveur du maire sortant Jacques Kossowski (Les Républicains), candidat à sa réélection.
La plainte, déposée contre X mais visant l’entourage du maire, que Defense-92.fr a pu consulter, concerne des faits présumés qui se seraient déroulés dans la résidence des Hespérides, rue Sainte-Marie, les samedi 7 et dimanche 8 mars derniers. Selon la plainte de la candidate, qui était accompagnée d’Arash Derambarsh et Sidney Studnia, une habitante lui aurait confié, lors d’un porte-à-porte le 7 mars, avoir été incitée, voire contrainte, par le directeur de la résidence et Évelyne Luquet, également résidente et colistière du maire sortant, à donner procuration.
Le lendemain, Aurélie Taquillain indique dans sa plainte être retournée avec Marion Jacob-Chaillet (une autre de ses colistières) dans cette maison de retraite et avoir revu la sénior. La retraitée lui aurait alors confié : « On ne vote pas pour qui l’on veut », évoquant que « c’est le principe de la maison ». Ces propos tenus lors de cet échange, Aurélie Taquillain affirme les avoir captés dans un enregistrement audio.
D’après le récit livré aux enquêteurs, la résidente aurait expliqué à Aurélie Taquillain qu’elle craignait d’éventuelles conséquences sur son maintien dans la résidence si elle refusait. « Je voulais voter pour le maire, j’étais tracassée pour Aurélie, mais je ne pouvais pas voter pour Aurélie parce qu’il fallait que je vote pour le maire », témoigne la résidente dans l’audio que Mediapart a consulté.
Mais ce n’est pas tout. Aurélie Taquillain affirme qu’une gazette de la résidence datée du mois de février 2026, où apparaissent Jacques Kossowski ainsi que ses deux colistiers, aurait été diffusée, tandis que toutes les photos des autres opposants politiques auraient été supprimées. Pour la prétendante à la mairie de Courbevoie, cette gazette « démontre une partialité politique évidente de la maison de retraite ».
Contacté par Mediapart, le directeur de la résidence, Laurent Quélo, n’a pas été très bavard, parlant d’un « sujet grave ». « D’abord, je ne vote pas à Courbevoie. Ensuite, un résident, pour moi, est important commercialement. Je tiens à maintenir un taux d’occupation suffisant, donc vous comprendrez que cela puisse me bouleverser, car c’est un point d’honneur d’assurer que les résidents soient bien et n’aient pas de pression », a-t-il ajouté au site d’Edwy Plenel, rejetant à demi-mot la faute sur Évelyne Luquet.
Contacté, le parquet de Nanterre nous confirme ce jeudi soir avoir ouvert une enquête préliminaire suite à ce dépôt de plainte.
Ces lignes décrivent une campagne dans laquelle l’équipe en place cherche à se maintenir à tout prix. Pour la première fois de ma vie, j’ai déposé plainte. Je l’ai fait pour défendre une Courbevoisienne âgée et pour mettre au grand jour les agissements de tout un système.
Maire… pic.twitter.com/JkEpXEjDww
— Aurélie Taquillain (@ATaquillain) March 11, 2026
L’édile de 85 ans qui brigue un sixième mandat réfute vigoureusement ces accusations, dénonçant qu’« une étape dans l’ignominie » a été franchie et fustigeant « des pratiques ordurières » dans « le seul but d’attenter à [son] honneur ». « Nous contestons ces accusations à la fois graves et grotesques d’abus de faiblesse et de détournement de suffrage, qui ne visent qu’à nous salir, ma colistière et moi-même », fulmine l’actuel maire dans un communiqué, affirmant que sa probité « n’a jamais été mise en cause ». Après la plainte d’Aurélie Taquillain, son ancien mentor affirme à son tour avoir saisi la justice. « J’ai déposé une plainte auprès du procureur de la République pour dénonciation calomnieuse et forme le vœu que cette procédure aille jusqu’au bout », poursuit-il dans son communiqué.
Jacques Kossowski se montre également très critique envers Le Parisien, qui a révélé cette affaire avec Mediapart, la mettant à la une de son édition du 11 mars avec un « titre racoleur », selon ses dires.
« La vérité, c’est qu’à la suite de la parution d’un sondage qui la donne clairement perdante, Mme Taquillain panique et use de méthodes indignes et déshonorantes. Nous n’avions jamais vu ça à Courbevoie, c’est une première, et une honte ! », ajoute l’entourage du maire.
« Pour la première fois de ma vie, j’ai déposé plainte. Je l’ai fait pour défendre une Courbevoisienne âgée et pour mettre au grand jour les agissements d’un système tout entier », nous confie Aurélie Taquillain, qui promet de « faire cesser ces pratiques d’un autre temps. Mon numéro deux, procureur adjoint de la République, sera le garant d’une démocratie locale apaisée et saine », estimant que « quel que soit son âge, chaque habitant doit pouvoir exercer son droit de vote librement, sans influence ni contrainte ».
« Nous avons des preuves très solides (audio, écrits, témoignages…) qui engagent la responsabilité de ceux qui veulent voler notre élection et celle d’Aurélie Taquillain », assure pour sa part Arash Derambarsh, qui a quitté en début d’année l’équipe de Jacques Kossowski pour rejoindre celle d’Aurélie Taquillain.
Le communiqué du maire fait d’ailleurs sourire Arash Derambarsh, qui rappelle que la « dénonciation calomnieuse » est constituée en cas de « classement sans suite, ordonnance de non-lieu, relaxe devant un tribunal correctionnel ou acquittement devant une cour d’assises ».
Comme le rappelle Le Parisien, cette plainte intervient par ailleurs dans un contexte politique déjà conflictuel entre les deux équipes. Quelques jours plus tôt, le quotidien Libération avait publié un article mettant en cause l’un des colistiers d’Aurélie Taquillain, Sidney Studnia, pour un accord transactionnel passé avec un promoteur immobilier en 2018.



