C’est un énorme chantier que La Défense vit depuis plus d’un an. Après l’extension du RER E, mise en service au printemps 2024, le quartier d’affaires de l’Ouest parisien est désormais engagé dans la construction de la ligne 15 Ouest, dont la mise en service est attendue en 2031.

Avec deux stations sur son territoire, le secteur bénéficiera d’une desserte fine. La première prendra place dans le quartier des Groues, au même endroit où a ouvert la gare de Nanterre-la-Folie du RER E et où pourraient également s’intégrer les futures lignes 18 et 19. La seconde sera implantée à La Défense, au niveau de la Rose de Cherbourg. La création de ces deux gares et le creusement du tunnel qui se faufilera sous les tours du quartier d’affaires, en passant notamment sous la cité Pablo-Picasso de Nanterre, s’accompagnent de travaux considérables.

Sur environ quatre hectares, le site des Groues constitue l’un des épicentres du chantier de la ligne 15 Ouest, où trois grues dominent désormais le paysage. D’un côté, les équipes d’IntenCité –le groupement mené par Vinci– s’activent pour creuser la gare de Nanterre selon la « méthode de la taupe ». Concrètement, une dalle en béton a été coulée, laissant quelques trémies pour l’évacuation des terres et l’acheminement des matériaux.

Profonde de vingt-sept mètres et longue de 108 mètres, la station comptera quatre niveaux, dont trois accessibles aux voyageurs. À ce stade, deux niveaux ont déjà été excavés sous le toit de la gare, déjà coulé.

La gare bénéficiera de deux accès. Le premier, principal, se fera depuis un bâtiment voyageurs situé au niveau de la rue de la Garenne. La « boîte » en béton sera à terme recouverte par un programme immobilier qui n’a pas encore été dévoilé par Paris La Défense. Le second accès prendra la forme d’un couloir de correspondance avec les quais du RER E, situé parallèlement à la gare de la ligne 15. Enfin, à terme, la gare de la 15 pourrait être connectée aux futures lignes 18 et 19.

Quelques dizaines de mètres plus loin, Yandé s’apprête à attaquer le sous-sol altoséquanais. Yandé, c’est le nom donné au tunnelier conçu par Herrenknecht, en hommage à une collaboratrice de la Société des Grands Projets. Ce train-usine s’est élancé fin décembre du site des Groues pour rejoindre Courbevoie et l’ouvrage de service de la Paix. Il s’agit du trente-troisième tunnelier déployé sur le chantier du Grand Paris Express, alors que six autres doivent encore entrer en service pour achever le creusement de la ligne 15.

Long de 130 mètres et composé de cinq remorques, avec une roue de coupe d’une dizaine de mètres de diamètre, ce tunnelier à pression de terre (EPB) creuse le tunnel en s’appuyant sur les anneaux de béton déjà posés pour progresser, à raison de dix à douze mètres quotidiennement, 24h/24, six jours sur sept. Il installe chaque nouvel anneau, composé de sept voussoirs formant la structure du tube, tandis que les terres excavées sont évacuées vers le site des Groues via un convoyeur.

« Le tunnelier a démarré son voyage le 17 décembre dernier. Actuellement, il est encore en phase de lancement. Il atteindra courant mars sa vitesse de croisière de douze à quinze mètres par jour », indique Anne Lorino, cheffe de projet à la Société des Grands Projets pour le secteur des Groues, qui servira ainsi de zone logistique tout au long du périple du tunnelier.

Avant de rejoindre la future gare de La Défense, ce train-usine passera par deux ouvrages de service : le puits du cimetière de Puteaux puis celui de Pablo Picasso, tous deux profonds d’une quarantaine de mètres. Après un parcours de 4,3 kilomètres, le tunnelier sera démonté au second trimestre 2027, puis remonté quelques mois plus tard sur son site de départ afin de repartir, cette fois-ci, en direction de Rueil-Malmaison pour atteindre sa destination finale à la fin de l’année 2028.

Enfin, une troisième opération complète l’énorme chantier du site des Groues. Non loin de la centrale Idex, un ouvrage en « Y » vient d’être creusé en méthode traditionnelle. Cette section en cul-de-sac permettra, lors de l’exploitation de la ligne, de remiser des rames de métro ou d’accueillir des trains dédiés à la maintenance.

L’autre grand chantier, celui de la gare de La Défense, est désormais bien visible du côté de la Rose de Cherbourg. Après une longue phase de travaux préparatoires –qui a notamment permis de dévier deux galeries techniques (Sénéo et Idex)– et une première modification de la circulation routière, suivie d’une seconde prévue au printemps, les travaux de creusement de la station vont enfin débuter.

Située à une trentaine de mètres de profondeur, la gare viendra s’insérer parallèlement à l’embranchement du tunnel de l’A14 à La Défense. Elle disposera d’un accès direct sur la place de la Rose de Cherbourg. Deux couloirs de correspondance seront également aménagés. Le premier sera relié à la salle d’échange située au niveau de l’ancien restaurant Le Palanquin. Le second viendra se connecter aux passages permettant déjà de rejoindre les quais du RER A depuis la gare du RER E.

Comme à Nanterre, la gare de La Défense sera creusée selon la « méthode de la taupe », mais dans un espace encore plus contraint. « Nous n’avons que des difficultés. C’est un site où la densité de réseaux structurants est très importante. Il faut maintenir l’ensemble des circulations routières. Le site est également très complexe car il faut préserver les accès pour les livraisons des différents immeubles », explique Olivier Gréhant, chef de projet pour la gare de La Défense à la Société des Grands Projets.

Situé face aux résidences du quartier Boieldieu, le chantier devra également limiter au maximum les nuisances sonores. Dans un premier temps, une grande dalle de béton sera coulée : elle formera le toit de la gare. Des engins procéderont ensuite à l’excavation des terres sous cette dalle afin de donner forme à la station. Attendu à l’automne 2026, le tunnelier passera d’ici là sous le site sans être visible. Il laissera derrière lui une structure en béton temporaire, qui sera retirée lors du creusement de la gare. Trois grues seront mobilisées pour mener à bien ces travaux.














